Le VIX fascine autant qu’il inquiète. Souvent surnommé « l’indice de la peur », il est devenu au fil du temps un baromètre émotionnel des marchés. Le graphe ci-joint, qui retrace son évolution sur les vingt dernières années, permet de replacer l’environnement actuel dans une perspective historique. Pour chaque pic significatif du VIX – ainsi que pour la dernière donnée disponible au vendredi 21 novembre – nous avons associé le drawdown du S&P 500 au même moment. Cette mise en parallèle révèle plusieurs enseignements intéressants, et surtout, remet en perspective le climat de marché actuel.
D’abord, il suffit de regarder les deux grandes crises qui ont marqué l’économie moderne pour comprendre ce que représente un véritable stress systémique. Lors des Subprimes comme lors de la crise du Covid, le VIX a dépassé les 80 points. Ce seuil n’est pas anodin : il reflète une panique globale, un niveau de volatilité anticipée extrême, et une rupture de confiance qui touche simultanément toutes les classes d’actifs. Ce sont des événements rares, exceptionnels, et qui ne peuvent pas être comparés au bruit quotidien des marchés.
Fait intéressant : à niveau de VIX similaire, l’amplitude des baisses boursières diffère. En 2008, le marché américain s’est effondré de plus de 50 %. En 2020, malgré un VIX équivalent, la baisse n’a été « que » d’environ 30 %. Autrement dit, le VIX ne mesure pas l’ampleur d’un krach, mais la vitesse et l’intensité de la peur du marché. Il renseigne sur l’état émotionnel, pas sur la profondeur finale du mouvement. Une forte volatilité peut donc accompagner des corrections très différentes selon le contexte économique et monétaire.
L’épisode d’avril 2025 illustre bien cette nuance. Le marché a connu un sell-off d’une violence remarquable, et le VIX a alors enregistré son troisième plus haut niveau des vingt dernières années. La brutalité du mouvement a surpris même les opérateurs expérimentés : un déséquilibre rapide, intense, et alimenté par une combinaison de facteurs macroéconomiques et techniques. Pour autant, cet épisode n’a pas eu la même portée systémique que 2008 ou 2020. Sa violence était réelle, mais son contexte fondamental ne se situait pas au même niveau de fragilité.
Et aujourd’hui ? Rien de particulier à signaler. Le VIX se situe dans une zone qui ne traduit ni tension majeure, ni euphorie extrême. Le marché ne manifeste pas de stress inhabituel. L’indice reflète un environnement relativement calme, même si celui-ci peut être trompeur. Mais à ce stade, aucune alerte structurelle n’apparaît.
Que tirer de tout cela ? Avant tout, quelques ordres de grandeur et beaucoup d’apaisement. Le VIX raconte une histoire très simple : la situation actuelle n’a rien à voir avec les crises extrêmes du passé. Il rappelle que les pics de volatilité significatifs sont rares et souvent associés à des ruptures profondes du système économique. Aujourd’hui, nous en sommes loin. Le marché reste volatil par moments, mais aucune donnée ne suggère un stress comparable aux grandes crises des vingt dernières années. Le VIX, pour le moment, invite davantage au recul qu’à l’inquiétude.