Le VIX, tout le monde en parle comme s’il s’agissait d’une créature un peu mystique, tapie dans l’ombre et ne sortant que lorsque le marché tremble. Quand on le mentionne, c’est rarement pour annoncer une bonne nouvelle : on s’attend à de la volatilité, à du risque, à quelque chose qui ne tourne pas rond. Le VIX est ainsi devenu l’indice de la peur, le thermomètre de la panique, le sismographe des marchés financiers. D’un point de vue technique pourtant, il mesure simplement la volatilité implicite du S&P 500 sur les trente prochains jours. En clair : il quantifie à quel point le marché pense qu’il va bouger.
Mais derrière cette apparente simplicité se cache un mécanisme redoutablement sophistiqué. Contrairement à ce que certains laissent croire, le VIX n’est pas une formule simple ni une moyenne de volatilité. C’est un véritable variance swap trente jours, calculé en continu, hyper convexe, et construit à partir d’un panier d’options out-of-the-money dont la troncature évolue dynamiquement avec le marché. Le résultat est une machine mathématique complexe dont l’objectif est de capturer au mieux l’anticipation collective de volatilité. En résumé, le VIX n’observe pas ce que le marché fait, mais ce que le marché pense qu’il va faire.
La question suivante revient souvent : peut-on le trader ? En réalité, on ne peut pas être long du VIX lui-même. On ne peut traiter que des contrats futures sur VIX, qui ne répliquent pas précisément l’indice. Et ces futures évoluent très souvent en contango, ce qui crée un phénomène de roll-down constant. C’est une érosion mécanique pour l’acheteur qui reconduit sa position. Autrement dit, acheter la peur coûte cher, que ce soit pour se couvrir ou pour spéculer. Le VIX n’est pas un produit d’investissement facile, encore moins un instrument que l’on garde longtemps en portefeuille.
Reste la question de son niveau actuel. Un VIX à 23,5 peut paraître anodin, mais ce chiffre signifie déjà que le marché anticipe environ 22 % de volatilité annualisée, soit près de 1,5 % de mouvement quotidien attendu. Historiquement, ce niveau appartient au haut du huitième décile, alors même que le VIX passe environ 65 % de son temps sous 20. Jusque-là, on reste dans une zone où le marché demeure globalement organisé, où la variance est modérée et les comportements relativement stables. Mais dès que l’on entre dans le dixième décile, tout change : les comportements deviennent anarchiques, les ruptures se multiplient, les outliers deviennent la norme, certains hedge funds implosent, les desks structurés accumulent les pertes, et même le finfluenceur cesse de poster.
Nous n’en sommes pas là aujourd’hui. Ce n’est pas encore la panique, loin de là. Mais ce n’est pas non plus un marché serein. Le niveau actuel du VIX traduit un environnement tendu, nerveux, où les mouvements peuvent rapidement s’accélérer, sans toutefois basculer dans un chaos systémique. Le VIX signale une vigilance accrue, une dynamique fragile, et surtout un marché qui n’est plus réellement tranquille.