Disposer d’un patrimoine financier important ne signifie pas nécessairement disposer en permanence de liquidités importantes.
Un investisseur peut détenir plusieurs centaines de milliers ou plusieurs millions d’euros en actions, obligations, fonds ou assurance-vie et avoir ponctuellement besoin de trésorerie : acquisition immobilière, investissement, paiement d’un impôt, financement d’un projet ou simplement décalage entre une dépense et une rentrée d’argent future.
La première solution consiste naturellement à vendre une partie des investissements.
Mais ce n’est pas toujours la plus pertinente.
La vente peut intervenir à un mauvais moment de marché, déséquilibrer une allocation construite pour le long terme ou déclencher une fiscalité sur les plus-values.
Il existe une autre possibilité : emprunter en utilisant son portefeuille financier comme garantie.
C’est le principe du crédit Lombard.
Qu’est-ce qu’un crédit Lombard ?
Le crédit Lombard est un financement garanti par le nantissement d’actifs financiers.
Le principe est simple : l’investisseur possède un portefeuille de titres ou, selon les montages, un contrat d’assurance-vie ou de capitalisation. Ces actifs sont donnés en garantie à une banque, qui accepte en contrepartie de mettre à disposition une ligne de crédit.
L’investisseur conserve ses placements. Il ne les vend pas et reste exposé à leur performance.
Mais leur existence et leur valeur permettent à la banque de lui prêter une partie de leur montant.
Le mécanisme n’est d’ailleurs pas propre aux marchés financiers. Le crédit garanti par des actifs existe depuis des siècles. En Italie, l’exemple des producteurs de Parmigiano Reggiano est devenu célèbre : des meules de parmesan en cours d’affinage peuvent servir de garantie à certains financements bancaires.
En gestion privée, le principe économique est comparable, mais le collatéral est constitué d’actifs financiers.
Un outil de liquidité particulièrement flexible
L’une des principales qualités du crédit Lombard est sa flexibilité.
Dans de nombreux montages, la banque accorde une enveloppe maximale. L’investisseur n’est pas obligé d’utiliser immédiatement la totalité de cette somme.
Supposons par exemple qu’une banque accorde une ligne de crédit de 500 000 euros.
Le client peut n’utiliser que 100 000 euros pendant quelques semaines, rembourser cette somme, puis utiliser ultérieurement 250 000 euros pour un autre besoin.
Les intérêts ne portent en principe que sur les montants effectivement tirés.
Selon les établissements et les contrats, les intérêts peuvent être calculés quotidiennement et prélevés périodiquement. Le taux est généralement variable, construit à partir d’un taux de référence de la devise empruntée — par exemple l’Euribor pour un financement en euros — auquel s’ajoute la marge de la banque.
Les modalités exactes de durée, de remboursement, de renouvellement et de disponibilité de la ligne varient cependant selon les établissements.
Le crédit Lombard doit donc davantage être envisagé comme un outil de gestion de liquidité adossé au patrimoine financier que comme un crédit amortissable traditionnel.
Pourquoi emprunter plutôt que vendre ?
Prenons un exemple.
Un investisseur dispose d’un portefeuille financier de 1 million d’euros et doit financer une dépense de 200 000 euros.
Il peut vendre 200 000 euros d’actifs.
Mais imaginons que les marchés viennent de baisser de 15 % et qu’il considère toujours son allocation adaptée à son horizon de long terme.
La vente cristallise alors une décision d’investissement dictée non par son analyse des marchés, mais par son besoin de trésorerie.
Avec une ligne Lombard, il peut éventuellement emprunter temporairement les 200 000 euros nécessaires tout en conservant son portefeuille.
Quelques mois plus tard, une rentrée de liquidités — cession immobilière, dividende exceptionnel, remboursement de compte courant, bonus ou autre événement patrimonial — peut permettre de rembourser le crédit.
Le besoin de liquidité et la décision d’investissement sont ainsi dissociés.
C’est probablement l’un des principaux intérêts patrimoniaux du Lombard.
Éviter également une fiscalité au mauvais moment
La vente d’un actif financier peut par ailleurs générer une plus-value imposable.
Supposons qu’un investisseur ait besoin de 200 000 euros et doive, pour les obtenir, céder des titres affichant une plus-value importante.
La vente peut déclencher immédiatement la fiscalité correspondante.
Le crédit Lombard permet de disposer de liquidités sans réaliser cette cession.
Il ne supprime évidemment pas la fiscalité : si les actifs sont vendus ultérieurement avec une plus-value, celle-ci sera alors soumise au régime fiscal applicable au moment de la cession.
Il permet en revanche de décorréler le calendrier du besoin de liquidité de celui de la réalisation des plus-values.
Cette faculté peut être particulièrement utile dans une gestion patrimoniale de long terme.
Combien peut-on emprunter ?
La banque ne prête évidemment pas 100 % de la valeur des actifs apportés en garantie.
Elle applique une décote destinée à se protéger contre une éventuelle baisse du portefeuille.
Cette capacité d’emprunt dépend fortement de la nature des actifs.
Du cash, des fonds monétaires ou certaines obligations de grande qualité peuvent bénéficier d’une quotité de financement élevée.
Un portefeuille diversifié d’actions liquides pourra généralement être financé à une quotité plus faible.
À l’inverse, une action très concentrée, un actif peu liquide, certains produits structurés ou des investissements non cotés peuvent bénéficier d’une quotité très faible, voire ne pas être acceptés comme collatéral.
La banque raisonne donc moins en fonction de la valeur totale du patrimoine qu’en fonction de sa valeur de nantissement.
Un portefeuille de 1 million d’euros ne donne pas automatiquement droit à 500 000 euros de crédit.
Tout dépend de ce qu’il contient.
Comprendre le Loan-to-Value
Une notion essentielle est celle de Loan-to-Value, ou LTV.
Elle mesure le rapport entre le montant emprunté et la valeur du collatéral.
Par exemple :
Portefeuille nanti : 1 000 000 €
Crédit utilisé : 300 000 €
LTV : 30 %
Tant que la valeur du portefeuille reste suffisamment supérieure au montant du crédit, la banque dispose d’une marge de sécurité confortable.
Mais supposons maintenant que le portefeuille perde 30 %.
Sa valeur passe de 1 million à 700 000 euros.
Le crédit, lui, reste de 300 000 euros.
La LTV passe alors d’environ 30 % à près de 43 %.
Le risque pour la banque a fortement augmenté alors même que l’investisseur n’a emprunté aucun euro supplémentaire.
C’est là que se trouve le principal risque du crédit Lombard.
Le risque d’appel de marge
Lorsque la valeur du collatéral baisse fortement, la banque peut considérer que la garantie n’est plus suffisante au regard du crédit accordé.
Selon les dispositions contractuelles, elle peut alors demander au client de rétablir la couverture.
Plusieurs solutions peuvent être nécessaires : apporter des liquidités supplémentaires, ajouter de nouveaux actifs au nantissement ou rembourser une partie du crédit.
Dans certaines circonstances, si la situation n’est pas régularisée, des actifs peuvent devoir être vendus.
Le paradoxe est alors évident.
Un crédit qui avait précisément été mis en place pour éviter de vendre des actifs pendant une baisse de marché peut conduire à devoir en céder si le levier initial était trop important.
La question essentielle n’est donc pas seulement de savoir combien la banque accepte de prêter, mais combien il est raisonnable d’emprunter.
Ce sont deux montants qui peuvent être très différents.
Le Lombard comme réserve de liquidité
C’est pourquoi l’une des utilisations que je trouve les plus intéressantes du Lombard consiste à le considérer comme une réserve de liquidité plutôt que comme une source permanente de levier.
Un patrimoine financier important peut ainsi être accompagné d’une ligne disponible mais peu ou pas utilisée.
Lorsqu’un besoin ponctuel apparaît, le client dispose immédiatement d’une capacité de financement sans devoir réorganiser son patrimoine dans l’urgence.
Le crédit peut ensuite être remboursé lorsqu’une rentrée de liquidités intervient.
Cette approche est très différente de celle consistant à utiliser systématiquement la totalité de la capacité d’emprunt offerte par la banque.
Financer une acquisition immobilière
Le crédit Lombard peut également intervenir dans le financement d’une acquisition immobilière.
Un investisseur peut par exemple avoir besoin de réaliser rapidement une acquisition alors que la vente d’un autre actif n’est pas encore finalisée.
Le Lombard peut servir de financement relais.
Il peut également compléter un financement immobilier traditionnel ou permettre d’éviter de mobiliser immédiatement une partie importante du portefeuille financier.
Il faut alors comparer précisément le coût du Lombard à celui des autres solutions de financement, mais aussi intégrer le risque lié à la variabilité du taux et à l’évolution du collatéral.
Le financement le moins cher en apparence n’est pas nécessairement celui qui présente le meilleur profil de risque.
Emprunter pour investir : le changement de nature du risque
Une autre utilisation consiste à emprunter contre son portefeuille pour réinvestir les sommes obtenues.
Le Lombard devient alors un instrument de levier.
Supposons qu’un investisseur possède 1 million d’euros et emprunte 200 000 euros pour investir davantage.
Son exposition économique passe alors approximativement de 1 million à 1,2 million d’euros.
Si les actifs progressent, le levier améliore la performance du capital initial, sous réserve du coût des intérêts.
Mais le mécanisme fonctionne exactement de la même manière en sens inverse.
Une baisse de marché entraîne des pertes sur une exposition supérieure au capital initial, tandis que la dette reste à rembourser et que les intérêts continuent à courir.
Le levier augmente donc simultanément le potentiel de rendement et le risque de perte.
Cette utilisation du Lombard doit être clairement distinguée d’un simple financement temporaire d’un besoin de trésorerie.
Crédit Lombard et assurance-vie luxembourgeoise
Le mécanisme peut être particulièrement intéressant dans certaines architectures patrimoniales utilisant une assurance-vie luxembourgeoise.
Dans ces contrats, les actifs sont généralement conservés auprès d’une banque dépositaire distincte de l’assureur.
Lorsque cette banque propose également une solution de financement, l’organisation du nantissement peut être facilitée : la banque connaît les actifs, leur valorisation et leur liquidité et travaille déjà avec la compagnie d’assurance.
Le contrat d’assurance-vie peut alors, sous réserve de l’accord de l’assureur et de la banque ainsi que des dispositions contractuelles, servir de support à un financement Lombard.
Cette architecture permet potentiellement d’associer au sein d’une organisation patrimoniale une enveloppe d’investissement de long terme et une capacité de financement.
Elle ne supprime évidemment ni le coût du crédit ni le risque lié à une baisse des actifs nantis.
À partir de quel patrimoine le Lombard devient-il accessible ?
Le crédit Lombard n’est plus nécessairement réservé aux patrimoines de plusieurs dizaines de millions d’euros.
Selon les banques privées, assureurs, dépositaires et caractéristiques du portefeuille, des solutions peuvent devenir accessibles à partir de plusieurs centaines de milliers d’euros d’actifs financiers.
Un patrimoine financier de l’ordre de 500 000 euros peut ainsi, dans certaines configurations, permettre d’envisager ce type de financement.
Il ne s’agit cependant pas d’un seuil universel.
Les conditions dépendent de l’établissement, de la relation bancaire, de la composition du portefeuille, du montant demandé, de la devise, du profil du client et de la qualité du collatéral.
Pour les patrimoines plus importants, le Lombard devient en revanche un outil classique de gestion actif-passif.
Le coût du crédit doit rester inférieur à son utilité
Le Lombard n’est évidemment pas de l’argent gratuit.
Son coût dépend du taux de référence, de la marge bancaire et parfois de frais complémentaires.
Lorsque les taux d’intérêt sont élevés, conserver durablement une dette Lombard peut devenir coûteux.
Il faut donc comparer le coût certain du financement à l’avantage attendu du maintien des investissements.
Emprunter à 5 % pour éviter de vendre un actif dont on espère 6 % de rendement annuel n’offre évidemment pas la même marge de sécurité qu’un financement à 2 %.
Et le rendement de l’actif est incertain, tandis que le coût du crédit, lui, est bien réel.
C’est pourquoi le Lombard est avant tout un outil patrimonial et financier, pas une stratégie d’investissement en lui-même.
Un outil puissant à condition de conserver une marge de sécurité
Bien utilisé, le crédit Lombard permet de résoudre un problème fréquent chez les investisseurs disposant d’un patrimoine financier important : être riche en actifs sans être obligé de conserver en permanence beaucoup de cash.
Il permet de financer un besoin temporaire, d’éviter une vente forcée, de préserver une allocation de long terme, de différer éventuellement la réalisation d’une plus-value ou d’organiser un financement relais.
Il peut également être utilisé pour créer du levier, mais au prix d’un changement significatif du profil de risque.
Sa véritable puissance réside donc moins dans le montant maximal que la banque accepte de prêter que dans la flexibilité qu’il apporte à la gestion globale du patrimoine.
La règle essentielle reste simple : conserver suffisamment de marge pour qu’une baisse significative des marchés ne transforme pas un outil de liquidité en contrainte de liquidité.
Le crédit Lombard est ainsi moins un prêt classique qu’une réserve de financement adossée au patrimoine, disponible lorsque cela est nécessaire sans imposer immédiatement la vente des actifs.
Vous disposez d’un patrimoine financier important et souhaitez étudier la mise en place d’une ligne de crédit Lombard ?
La capacité d’emprunt, le coût du financement et surtout le niveau de levier raisonnable doivent être étudiés en fonction de la composition du portefeuille, de vos besoins de liquidité et de votre situation patrimoniale globale.
Nous pouvons analyser les différentes possibilités de financement et leur intégration dans votre stratégie patrimoniale.
Les informations présentées dans cet article ont un caractère général et pédagogique. Elles ne constituent ni une offre de crédit, ni une recommandation personnalisée, ni un conseil en investissement.